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Himalaya, le chemin du ciel. 9 déc. 2008 sur ARTE.

décembre 9, 2008 par M a n u

L’ethnologue Marianne Chaud est parvenue à filmer l’austère vie d’un monastère himalayen, dans une vallée perdue de la région du Zanskar. Réussissant à gagner la confiance des moines, elle a pu tourner, en caméra subjective, la vie et les traditions de ces hommes coupés du monde. Elle témoigne de cette belle aventure.


Bienvenue sur une autre planète. Un paysage minéral et désolé, d’une beauté à couper le souffle. Une vallée perdue à 4 000 mètres d’altitude, la plus élevée qui soit habitée dans l’Himalaya. Bienvenue au monastère de Phukthal [1], dans la région du Zanskar. Les moines vivent là une existence moyen­âgeuse, accrochés au flanc d’une falaise quasi inaccessible.

La réalisatrice Marianne Chaud y est montée pour filmer la vie de cette communauté bouddhiste, et particulièrement des enfants. Dans les pas de Kenrap, 8 ans dont trois au monastère, véritable héros du film, elle suit les cours de philosophie, les corvées de bois et d’eau, les jeux et les prières, l’incroyable périple hivernal pour procéder aux rituels d’abondance dans les villages de la région.

C’est un moment privilégié, hors du temps. Pas seulement parce que l’endroit est très difficile d’accès. Pas seulement parce que les moines ont pour la première fois accepté la présence d’une caméra. Mais surtout parce que Marianne Chaud a établi une relation privilégiée avec eux. Ethnologue, parlant couramment le zanskari, elle a filmé en caméra subjective. Cela donne des images un peu mouvantes mais aussi de magnifiques plans larges et de véritables moments de grâce. La réalisatrice et sa caméra ne font plus qu’un. Totalement intégrés à la vie du monastère, ils deviennent l’ange gardien de Kenrap – qui le leur rend bien. Epoustouflant.

Pour son deuxième documentaire “Himalaya, le chemin du ciel” , l’ethnologue Marianne Chaud s’est fondue dans la vie d’un mo­nastère bouddhiste perdu à 4 000 mètres d’altitude. Le ­dépaysement est total mais, autant que la rudesse des conditions de vie, l’étrangeté des mœurs ou la splendeur des paysages, c’est la qualité du ­regard qui distingue ce film.

Comment avez-vous atterri dans un des endroits les plus inaccessibles de la planète ?
Je suis attachée à la montagne car j’ai grandi dans un petit village des Alpes. Et puis j’aime être coupée du monde, ça permet une immersion totale dans la vie des gens. Sans route, sans téléphone, je dépends d’eux matériellement et émotionnellement, il y a ainsi plus de partage et d’intimité. A l’Ecole des hautes études en sciences sociales, ma thèse portait déjà sur les relations de l’homme à la nature dans cette région de l’Inde, le Zanskar, dont l’isolement a permis de conserver les traditions.

Qu’est-ce qui vous a poussée à prendre une caméra ?
Elle me permet de dire des choses impossibles à exprimer dans le cadre d’un travail universitaire, où les relations personnelles restent en retrait. Rendre compte de ces relations, c’est aussi une manière de conjurer l’exotisme, cette forme de colonialisme qui imprègne beaucoup de reportages.

D’où votre choix de filmer en caméra subjective…
J’avais participé à un numéro d’Ushuaïa nature puis à une série de France 5, Devenir femme au Zanskar. J’ai eu envie de travailler seule, de prendre le contre-pied du précepte habituel : « Ne regardez pas la caméra, faites comme si on n’était pas là. » En tant qu’ethnologue, je sais que ma présence va modifier le comportement des gens. C’est pourquoi il me paraît plus honnête d’affirmer clairement : je suis là, c’est moi qui les regarde et eux me ­regardent aussi. La qualité de l’image et du son peut ­parfois en pâtir, j’assume ces aspéri­tés, ce côté brut. Les films de Stéphane Breton, lui aussi ethnologue, m’ont beaucoup inspirée.

Pourquoi avoir choisi ce monastère en particulier ?
En plus d’être très spectaculaire, c’est un des derniers monastères encore dynamiques dans la région. J’y étais déjà passée mais, quand j’y suis retournée, au début de l’hiver, après quatre jours de marche, les moines m’ont dit : « Non, pas de film, pas de photos. » Peu à peu, j’ai gagné leur confiance, ils ont compris que je ne les trahirais pas. Et j’ai passé trois mois avec eux. J’aime partir sans savoir ce que je vais trouver, filmer les petits riens du quotidien. C’est seulement à la fin de mon ­séjour que j’ai compris que Kenrap, du haut de ses 8 ans, deviendrait le personnage ­principal du film.

Dans quelles conditions viviez-vous ?
Dans ma chambre, la température descendait jusqu’à – 15 ou même – 20 °C. Pour se laver, il y avait très peu d’eau chaude, faute de bois. Pas de fruits ni de ­légumes, le menu se limitait à de la farine d’orge bouillie. Sans oublier le manque d’oxygène. Pour la caméra, je rechargeais les batteries grâce à un panneau solaire, mais je ne pouvais pas visionner les rushes. L’écriture du film s’est donc faite au montage.

Entre la carrière d’ethnologue et celle de documentariste, avez-vous choisi ?
J’aimerais concilier les deux. Maintenant que j’ai exercé mon regard dans l’Himalaya, je voudrais m’en servir dans d’autres régions du monde. Mais toujours en liberté, en évitant les films formatés.

Source : Télérama.fr

[1] Le monastère de Phukthal (Phukthal Gompa) se situe dans la vallée du Zanskar, au sud-est de la capitale Spadum. Phukthal Gompa peut être localisé au centre de cette carte.
Cette carte simplifiée permet également de le repérer facilement.

Publié dans Himalaya, Ladakh | Taggé Zanskar | Pas encore de commentaires

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