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Compte tenu des événements tragiques que connaît le Tibet, des spécialistes en études tibétaines, en poste dans de nombreuses universités à travers le monde, ont tenu à exprimer leur préoccupation au travers de cette pétition qui circule actuellement parmi les collègues concernés (lire ici la version originale de cet appel en anglais).

Appel de la communauté des tibétologues au Vice-Président Xi Jinping

Monsieur le Vice-Président,

Alors que vous allez prendre vos nouvelles fonctions de Président de la R.P.C en mars 2013, la communauté scientifique des tibétologues souhaite vous faire part de sa vive préoccupation concernant la situation de la langue tibétaine dans la Région autonome du Tibet et dans les préfectures autonomes tibétaines voisines.

Nous savons que de nombreuses écoles ont vu le jour en zone tibétaine depuis plusieurs décennies, et nous nous en réjouissons. Nous apprécions également les bienfaits que les jeunes écoliers tibétains peuvent tirer d’enseignements adaptés à leur langue.

Cependant, depuis plusieurs années, les autorités s’efforcent de mettre en place de nouvelles mesures supprimant ou restreignant fortement l’usage du tibétain comme langue d‘enseignement dans les zones tibétophones, telles que le remplacement du tibétain par le chinois dans l’enseignement (annoncé en 2010) ou le remplacement des manuels scolaires en tibétains par des manuels en chinois — comme cela a été vu à Rebkong (Chin : Tongren) en mars 2012. Ces développements ont eu lieu en dépit du fait que les recherches menées dans le monde entier tout comme les statistiques officielles chinoises ont démontré que les lycéens obtenaient de meilleurs résultats s’ils étudiaient les matières scientifiques dans leur langue

Cette politique est déjà en cours dans la Région autonome du Tibet depuis quelques années avec les résultats que l’on sait : bien qu’appelés à occuper des postes élevés dans le public ou le privé, les élèves n’ont plus qu’une connaissance superficielle de leur propre langue et de leur civilisation.

Les populations tibétaines du Qinghai ont à plusieurs reprises, par des manifestations pacifiques de citoyens, par des pétitions, des lettres, exprimé leur refus de la nouvelle politique linguistique appelée ‘‘Qinghai Province Mid- and Long-Term Plan for Educational Reform and Development (2010–2020)”. Elles ont fait part de leur désir profond de conserver leur langue comme langue d’enseignement et de communication. De telles demandes sont conformes à la Constitution chinoise qui spécifie, dans son article 4, que « all nationalities have the freedom to use and develop their own spoken and written languages and to preserve or reform their own folkways and customs ». De plus, d’après la loi de 2002, la langue tibétaine possède un statut officiel en Chine, statut qui ne semble pas être mis en pratique.

Des dizaines de Tibétains de tout âge, hommes ou femmes, religieux ou laïcs, se sont immolés par le feu depuis un an. Plusieurs d’entre eux ont crié avant de mourir des slogans réclamant le respect de la langue et de la culture tibétaines.

Par cette lettre, nous voudrions, en tant que spécialistes de la langue, de la culture et de la religion tibétaines, vous faire part de notre propre inquiétude devant les diverses mesures qui mettent en péril cette civilisation originale qui constitue l’une des richesses de l’humanité et dont l’État chinois s’est promu le gardien. Nous voudrions rappeler que la langue tibétaine est, après la langue chinoise, la plus ancienne et elle a d’ailleurs à ce titre contribué à reconstruire le vieux chinois et la famille sino-tibétaine qui compte plusieurs centaines de langues, comparable à la famille indo-européenne

En tant que spécialistes de la langue et de la civilisation tibétaines, nous consacrons notre vie professionnelle et intellectuelle au sein d’universités et de structures d’enseignements du supérieur. Nous connaissons la valeur de cette civilisation et nous déplorons que la langue tibétaine, qui est son support naturel, soit au Tibet même marginalisée et dévalorisée, alors qu’elle est de plus en plus enseignée dans les universités du monde entier. Les réponses des autorités aux demandes des Tibétains inquiets de la disparition de leur culture n’ont pas apaisé une situation déjà fort préoccupante.

C’est pourquoi, à l’heure où une nouvelle direction prend les commandes du pays, nous nous adressons collectivement à vous avec l’espoir que vous saurez vous mettre à l’écoute des citoyens tibétains de Chine, trouver avec eux, sans recourir à la force armée, des solutions d’apaisement, et favoriser l’épanouissement de la langue et de la culture tibétaines, qui peuvent tout à fait coexister pacifiquement avec la langue et la culture chinoises, en application des principes énoncés dans les constitutions successives de la Chine, État multiculturel.

> Lire l’interview de l’une des signataires, Katia Buffetrille, tibétologue à l’Ecole pratique des Hautes études.

SIGNATAIRES

1. Katia Buffetrille EPHE, France
2. Elliot Sperling Indiana University, USA
3. Françoise Robin Institut National des Langues et Civilisations Orientales, France
4. Jean-Luc Achard CNRS, France
5. Gedun Rabsal Indiana University, USA
6. Amy Heller SOAS, U.K. ; Centre National de la Recherche Scientifique, France
7. Mireille Helffer CNRS, France
8. Nicolas Tournadre Aix-Marseille University, France
9. Mona Schrempf Humboldt University, Germany
10. Thierry Dodin Bonn University, Germany
11. Carole McGranahan University of Colorado, USA
12. Pascale Dollfus CNRS, France
13. Anne-Marie Blondeau EPHE, France
14. Daniel Berounsky Charles University, Czeck Republic
15. Cameron Warner Aarhus University, Denmark
16. Nicolas Sihlé CNRS, France
17. Philippe Cornu Université Catholique de Louvain, Belgium; Institut National des Langues et Civilisations Orientales, France
18. Gray Tuttle Columbia University, USA
19. Francoise Pommaret CNRS, France
20. Georges Dreyfus Williams College, USA
21. Gareth Sparham University of Walnut Creek, USA
22. Klaus-Dieter Mathes University of Vienna, Austria
23. Roberto Vitali Independent Scholar
24. Helmut Tauscher University of Vienna, Austria
25. Fiona McConnell University of Cambridge, UK
26. Robert Barnett Columbia University, USA
27. Sonam Dugdak SOAS, UK
28. Martin Mills University of Aberdeen, UK
29. Dominique Townsend Columbia University, UK
30. Mary Prude University of Wisconsin-Whitewater, USA
31. Sienna Craig Dartmouth College, USA
32. Charlene Makley Reed College, USA
33. Gillian Tan Deakin University, Australia
34. Yangdon Dhondup SOAS, UK
35. Heather Stoddard Institut National des Langues et Civilisations Orientales, France; Oriental Institute, UK
36. George FitzHerbert Oxford University, UK
37. Agata Bareja-Starzynska University of Warsaw, Poland
38. Tsering Shakya University of British Columbia, Canada
39. Tashi Tsering University of British Columbia, Canada
40. Markus Viehbeck Heidelberg University, Germany
41. Emily Yeh University of Colorado, USA
42. Samten Karmay CNRS, France
43. Robert Mayer Oxford University, UK
44. Isabelle Henrion-Dourcy University of Laval, Canada
45. Tibor Porcio University of Szeged, Hungary
46. Cathy Cantwell University of Oxford, UK
47. Alex McKay London University (retired), UK
48. Benjamin Bogin Georgetown University, USA
49. Petra Maurer Ludwig-Maximilians-Universität, Germany
50. Michela Clemente Cambridge, UK
51. Bruno Lainé Wien University, Austria
52. Per Kvaerne Oslo University, Norway
53. Maho Iuchi Harvard, USA; Kobe City University, Japan
54. Elena De Rossi Università di Roma, Italy
55. Geza Bethlenfalvy Hungarian Academy of Sciences, Hungary
56. Mara Matta Università degli Studi di Napoli ‘L’Orientale’ and Università di Roma ‘La Sapienza’, Italy
57. Giuliana Martini Dharma Drum Buddhist College, Taiwan
58. Fernand Meyer EPHE, France
59. Wim van Spengen Amsterdam University, The Netherlands
60. Janet Gyatso Harvard University, USA
61. Nawang Thokmey University of Virginia, USA
62. Tashi Nyima University of Oslo, Norway
63. Jann Ronis University of California, Berkeley, USA
64. Jose Cabezon University of California, Santa Barbara, USA
65. Frank Korom Boston University, USA
66. Christian Wedemeyer University of Chicago, USA
67. Jay Garfield Smith College, USA
68. Gregory Hillis University of California, Santa Barbara
69. Guy Newland Central Michigan University, USA
70. Francoise Wang CNRS, France
71. Douglas Duckworth East Tennessee State University, USA
72. Kevin Vose College of William and Mary Richmond, USA
73. Peter Verhagen Leiden University, The Netherlands
74. Derek Maher East Carolina University, USA
75. Jacob Dalton University of California, USA
76. Karma Lekshe Tsomo San Diego University, USA
77. Lara Braitstein McGill University, Canada
78. Christian Luczanits USA
79. Jim Blumenthal Oregon State University, USA
80. Paul Nietupski John Carrol University, USA

Source: Le Nouvel Observateur | 6.12.2012

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Le site interactif   ‘China Green’ (« La Chine en vert »), qui vient d’être lancé, est consacré aux problèmes environnementaux et climatiques de la Chine. Son premier projet concerne le Plateau Tibétain, et il montre comment les effets du réchauffement climatique sur le plateau créent une grave menace pour un tiers de l’humanité. Ceci parce que la plupart des puissants systèmes fluviaux d’Asie prennent leur source sur ce plateau.

Le site comporte beaucoup d’autres vidéos, interviews et diaporamas interactifs qui décrivent les transformations des glaciers de l’Everest.

Source:  Global Voices Online.

Ma vie ici
18 Juillet 2008

Me voilà entièrement plongée dans la vie du Zanskar.  Je bouge lentement mais je suis toujours en activité.  Le matin, je me réveille à 6 heures et à peu prés à 7h30 je vais prendre mon petit déjeuner avec Eliane à la maison de Dolma Lhamo,  qui est la maison toujours habitée par Marc Damiens pendant tous les années qu’il s’est rendu à Zanskar.
Julé Julé je crie pour tout le monde en entrant dans la maison et en même temps je fais une petite courbette pour ne pas battre ma tête dans la huisserie de la porte.

En cherchant à éviter les mouches qui bourdonnent nombreuses, j’entre dans l’étroit et obscur couloir. La première porte sur la gauche, c’est la porte de la toilette (un trou dans le pavé en terre), la seconde c’est la porte d’un petit appartement Julé Julé je crie encore, cette fois pour Eliane, en entrant dans le second couloir et en faisant encore une petite courbette sous la huisserie de la porte. Toutes les portes sont très basses, pour me rendre de la cuisine à la « chambre à manger » je me souviens de baisser la tête trois ou quatre fois, mais la cinquième normalement je ne m’en souviens plus, je me cogne la tête contre le mur et j’ai déjà une discrète bosse. Je ne sais pas comment il faisait Marc si grand comme il est.
Après le petit déjeuner on va prendre l’eau à la pompe, de temps en temps je vais faire de la lessive dans le ruisseaux où je vais me laver les cheveux, A’ 9 heures nous sommes à l’école prêtes à commencer notre travail.
On rentre à la maison pour un repas frugal et dans l’après midi je me rends à Padum pour le meeting avec les femmes de l’Association. J’aime beaucoup prendre la route dans les champs. J’ai appris très vite à me débrouiller dans les nombreux chemins et à sauter pour dépasser les ruisseaux. Julé Julè je rencontre des paysans qui travaillent, des garçons qui rentrent de l’école. Tout le monde me salue et tout le monde me pose la même question: Ou vas- tu? Je vais à Padum ou Je vais à Pibiting. Je rencontre toujours des dzo et des veaux qui paîtrent tranquilles et je marche à la musique du vent et des chants des oiseaux.
Je rentre à Pipiting le soir sur la route carrossable.
Le repas du soir je le prends normalement à la maison avec Eliane, on bavarde un peu, on boit de la tisane et on va se coucher très tôt. Avec ma torche frontale je descends de la maison de Dolma, je marche dans les champs jusqu’à la maison de Tseten Dorjei et j’entre dans ma chambre essentielle que j’ai déjà appris à aimer.

Télécharger les histoires complètes ici

Source : AAZ


L’ethnologue Marianne Chaud est parvenue à filmer l’austère vie d’un monastère himalayen, dans une vallée perdue de la région du Zanskar. Réussissant à gagner la confiance des moines, elle a pu tourner, en caméra subjective, la vie et les traditions de ces hommes coupés du monde. Elle témoigne de cette belle aventure.


Bienvenue sur une autre planète. Un paysage minéral et désolé, d’une beauté à couper le souffle. Une vallée perdue à 4 000 mètres d’altitude, la plus élevée qui soit habitée dans l’Himalaya. Bienvenue au monastère de Phukthal [1], dans la région du Zanskar. Les moines vivent là une existence moyen­âgeuse, accrochés au flanc d’une falaise quasi inaccessible.

La réalisatrice Marianne Chaud y est montée pour filmer la vie de cette communauté bouddhiste, et particulièrement des enfants. Dans les pas de Kenrap, 8 ans dont trois au monastère, véritable héros du film, elle suit les cours de philosophie, les corvées de bois et d’eau, les jeux et les prières, l’incroyable périple hivernal pour procéder aux rituels d’abondance dans les villages de la région.

C’est un moment privilégié, hors du temps. Pas seulement parce que l’endroit est très difficile d’accès. Pas seulement parce que les moines ont pour la première fois accepté la présence d’une caméra. Mais surtout parce que Marianne Chaud a établi une relation privilégiée avec eux. Ethnologue, parlant couramment le zanskari, elle a filmé en caméra subjective. Cela donne des images un peu mouvantes mais aussi de magnifiques plans larges et de véritables moments de grâce. La réalisatrice et sa caméra ne font plus qu’un. Totalement intégrés à la vie du monastère, ils deviennent l’ange gardien de Kenrap – qui le leur rend bien. Epoustouflant.

Pour son deuxième documentaire « Himalaya, le chemin du ciel » , l’ethnologue Marianne Chaud s’est fondue dans la vie d’un mo­nastère bouddhiste perdu à 4 000 mètres d’altitude. Le ­dépaysement est total mais, autant que la rudesse des conditions de vie, l’étrangeté des mœurs ou la splendeur des paysages, c’est la qualité du ­regard qui distingue ce film.

Comment avez-vous atterri dans un des endroits les plus inaccessibles de la planète ?
Je suis attachée à la montagne car j’ai grandi dans un petit village des Alpes. Et puis j’aime être coupée du monde, ça permet une immersion totale dans la vie des gens. Sans route, sans téléphone, je dépends d’eux matériellement et émotionnellement, il y a ainsi plus de partage et d’intimité. A l’Ecole des hautes études en sciences sociales, ma thèse portait déjà sur les relations de l’homme à la nature dans cette région de l’Inde, le Zanskar, dont l’isolement a permis de conserver les traditions.

Qu’est-ce qui vous a poussée à prendre une caméra ?
Elle me permet de dire des choses impossibles à exprimer dans le cadre d’un travail universitaire, où les relations personnelles restent en retrait. Rendre compte de ces relations, c’est aussi une manière de conjurer l’exotisme, cette forme de colonialisme qui imprègne beaucoup de reportages.

D’où votre choix de filmer en caméra subjective…
J’avais participé à un numéro d’Ushuaïa nature puis à une série de France 5, Devenir femme au Zanskar. J’ai eu envie de travailler seule, de prendre le contre-pied du précepte habituel : « Ne regardez pas la caméra, faites comme si on n’était pas là. » En tant qu’ethnologue, je sais que ma présence va modifier le comportement des gens. C’est pourquoi il me paraît plus honnête d’affirmer clairement : je suis là, c’est moi qui les regarde et eux me ­regardent aussi. La qualité de l’image et du son peut ­parfois en pâtir, j’assume ces aspéri­tés, ce côté brut. Les films de Stéphane Breton, lui aussi ethnologue, m’ont beaucoup inspirée.

Pourquoi avoir choisi ce monastère en particulier ?
En plus d’être très spectaculaire, c’est un des derniers monastères encore dynamiques dans la région. J’y étais déjà passée mais, quand j’y suis retournée, au début de l’hiver, après quatre jours de marche, les moines m’ont dit : « Non, pas de film, pas de photos. » Peu à peu, j’ai gagné leur confiance, ils ont compris que je ne les trahirais pas. Et j’ai passé trois mois avec eux. J’aime partir sans savoir ce que je vais trouver, filmer les petits riens du quotidien. C’est seulement à la fin de mon ­séjour que j’ai compris que Kenrap, du haut de ses 8 ans, deviendrait le personnage ­principal du film.

Dans quelles conditions viviez-vous ?
Dans ma chambre, la température descendait jusqu’à – 15 ou même – 20 °C. Pour se laver, il y avait très peu d’eau chaude, faute de bois. Pas de fruits ni de ­légumes, le menu se limitait à de la farine d’orge bouillie. Sans oublier le manque d’oxygène. Pour la caméra, je rechargeais les batteries grâce à un panneau solaire, mais je ne pouvais pas visionner les rushes. L’écriture du film s’est donc faite au montage.

Entre la carrière d’ethnologue et celle de documentariste, avez-vous choisi ?
J’aimerais concilier les deux. Maintenant que j’ai exercé mon regard dans l’Himalaya, je voudrais m’en servir dans d’autres régions du monde. Mais toujours en liberté, en évitant les films formatés.

Source : Télérama.fr

[1] Le monastère de Phukthal (Phukthal Gompa) se situe dans la vallée du Zanskar, au sud-est de la capitale Spadum. Phukthal Gompa peut être localisé au centre de cette carte.
Cette carte simplifiée permet également de le repérer facilement.

 

Le Toit du monde n’est plus cet îlot de pureté que l’on imagine encore souvent. Pour la première fois, une équipe de chercheurs franco-italienne a pu réaliser dans l’Himalaya des mesures à plus de 5 000 m d’altitude et constater la présence de particules de suie à des niveaux de concentration surprenants dans un espace aussi vierge.
 

Les relevés ont été effectués au Népal à partir de la station de surveillance atmosphérique Nepal Climate Observatory, la plus haute du monde (5 079 m). « Nous ne nous attendions pas à ces résultats : ils témoignent de niveaux de pollution comparables à ceux de villes européennes »,reconnaît Paulo Laj, du laboratoire de météorologie physique de l’université de Clermont-Ferrand, qui a participé à l’étude menée avec l’université de Bologne et publiée récemment dans les « Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine » (PNAS).
 

Les données atmosphériques dans cette partie du monde sont très rares. Une autre équipe – finlandaise – travaille au Népal, mais elle est jusqu’à présent restée sous la zone des 2 000 m. L’énorme logistique nécessaire à l’installation des stations d’observation est évidemment un frein.
 

L’étude met en évidence deux phénomènes inquiétants. Portée par les vents, la pollution des grandes métropoles d’Asie du Sud-Ouest peut parcourir des milliers de kilomètres et remonter jusqu’aux sommets élevés de l’Himalaya. Dans la zone de contact entre l’air propre issu des très hautes altitudes et les masses polluées venues des vallées, les chercheurs ont, de plus, recensé la formation de nouvelles particules de dimensions nanométriques qui amplifient la pollution. C’est, là aussi, la première fois qu’un tel phénomène est observé à cette altitude.
 

« Le dioxyde de carbone est considéré comme l’ennemi numéro un dans la lutte contre le changement climatique, mais le système climatique est complexe et les études montrent de plus en plus que les particules atmosphériques sont aussi des acteurs importants du réchauffement », relèvent les chercheurs.
 

Le danger est évidemment que cette situation accélère la fonte des glaciers himalayens. Le recul important des fronts glaciers au cours des dernières décennies est d’ores et déjà considéré comme l’une des manifestations les plus inquiétantes du réchauffement global. Avec ses 33 000 km2 de surfaces gelées, l’Himalaya est souvent désigné par les climatologues comme le« troisième pôle » après l’Arctique et l’Antarctique, même s’il n’a jusqu’à présent pas fait l’objet de la même attention.
 

Le Groupe international d’experts sur le changement du climat (GIEC) estime que de nombreux glaciers himalayens pourraient avoir disparu d’ici à 2035, avec des conséquences considérables pour l’ensemble de l’Asie centrale, où vit 40 % de la population mondiale.
 

Cela pour plusieurs raisons. La liquéfaction des masses de glace crée, en aval, des lacs – près de 500 ont été dénombrés – potentiellement dangereux pour les populations vivant sur les premiers contreforts et dans les vallées. Des débordements brutaux se sont déjà produits. Mais surtout le régime hydrologique des plus grands fleuves comme l’Indus, le Gange, l’Amou-Daria ou le Yangzi dépend étroitement du fonctionnement de cette « calotte » himalayenne.
 

« Dans un premier temps, l’eau libérée viendra gonfler leur débit puis, dans un second temps, l’inverse se produira, l’eau viendra à manquer et l’apport vital des glaciers, surtout pendant la saison sèche, fera défaut », explique Christian Vincent, du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement (CNRS) de Grenoble.
 

Près de 1,3 milliard de personnes pourraient être confrontées à des risques accrus de pénurie d’eau, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
 

Si le Gange devenait saisonnier – ce que n’excluent pas les scientifiques -, plus de 400 millions de personnes vivant dans la plus grande zone d’agriculture irriguée de l’Inde seraient affectés. Et le PNUE ne comptabilise pas, ici, la population qui, au total, à l’échelle du pays, serait touchée par la baisse des rendements agricoles.
 

Quand cela se produira-t-il ? « Il est difficile de le dire. L’Himalaya est l’un des massifs montagneux les moins bien observés au monde », indique Christian Vincent. La plupart des informations disponibles sont fournies par des photos aériennes qui permettent seulement de mesurer le recul des fronts glaciers, un indicateur très insuffisant pour comprendre le fonctionnement de ces monstres froids. Le massif alpin, avec ses 2 500 km de glaciers, compte deux fois plus de postes d’observation que l’Himalaya tout entier.
 

Les bouleversements en cours sont lourds de menaces pour la stabilité de cette partie du monde. Les écologistes en sont convaincus. Wouter J. Veening, de l’Institut néerlandais pour la sécurité environnementale, juge urgent d’établir un réseau d’alerte.
 

« La vie de plus de 1 milliard de personnes est concernée ; nous devons identifier les zones les plus fragiles et évaluer les risques de conflits », affirme-t-il. Le degré de pollution découvert au sommet de l’Himalaya lui donne un argument supplémentaire.
 

Source : Le Monde.


– Himalaya – Changing Landscapes photo exhibition visually demonstrates how climate change and glacial melting are affecting the highest mountain range in the world – the Himalayas. The « before and after » panorama photos show us how these mighty but vulnerable landscapes have changed in just a few decades.

The exhibition aims to raise awareness of the impact of climate change, and the new challenges the mountain people are facing. The photographs of mountains and glaciers are accompanied by photographs of the Himalayan people and their stories, as well as photographs of the 1950s scientific research teams conducting glacier studies.

Read more

– Imja Glacier
A melting glacier in the Himalaya is the only thing protecting a community from a mountain deluge.
National Geographic Video.

Tsewang Norphel n’a pas l’allure d’un révolutionnaire, et pourtant ! Les deux mains dans les poches, droit comme  » i « , le cheveu de jais, le septuagénaire saute d’une roche à l’autre avec l’aisance d’une gazelle. Nous sommes à 4300 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans les hautes Himalaya indiennes au Ladakh, la partie orientale de l’Etat rebelle Jammu et Cachemire. Ici, les montagnes brunes sableuses ont cédé le paysage aux sommets enneigés sur fond de ciel bleu pétant.


Comme à tous les trois jours, l’ingénieur civil retraité est venu faire son tour pour suivre l’évolution du chantier. Un chantier peu ordinaire, puisqu’il s’agi d’une structure qui contiendra un  » glacier artificiel « . Un glacier qui mesurera deux kilomètres de long, soixante mètres de largeur et deux mètres de profondeur, et qui desservira trois cents familles en précieuse eau. Chhewang Norphel n’en est pas à ses débuts : il a déjà mis en place une dizaine de structures de la sorte, transformant le quotidien de milliers de villageois.

Des champs de glaces pas si éternelles

Son aventure a commencé en 1987. Natif de Skarra, un village en banlieue de Leh, la capitale du Ladakh, l’homme souffrait de voir ses concitoyens cruellement manquer d’eau. Quatre-vingt pourcent des Ladakhis vivent de l’agriculture et seuls cinq centimètres de pluie tombent annuellement dans cette région où la végétation arriverait à la cheville si ce n’était des longs peupliers plantés par ses habitants. Et avec les changements climatiques, leur drame s’accentue d’année en année.

 » Les glaciers fournissent neuf dixièmes de l’eau dont dépend les fermiers, fait remarquer l’ingénieur. Or, ils fondent à une vitesse alarmante.  » En effet, selon le World Glacier Monitoring basé en Suisse, ceux-ci perdent 5% de leur constitution annuellement. Ajoutez à cela des averses de neige de plus en plus rares et une industrie touristique toujours plus vorace qui fait monter en flèche la consommation d’eau, avec ses douches et ses toilettes à l’occidentale, et vous comprendrez que le Ladakh fait face à une crise de l’eau.

Tirer profit du froid

En voyant couler pendant l’été, inutilisée, l’eau de ces géants blancs qui libèrent des réserves cumulées sur des milliers d’années, Chhewang Norphel s’est dit  » pourquoi ne pas tirer profit du froid ?  » C’est ainsi qu’il en est venu à détourner des cours d’eau en provenance des sommets glacés, les réorientant vers l’ombre, où, au lieu de fondre et de se perdre, ils gèlent. La beauté des glaciers artificiels du Ladakhi est non seulement qu’ils sont le fruit d’une technologie simple et économique, faite de matériaux locaux et facile à maintenir pour les villageois.

Leur intérêt réside surtout dans le fait qu’ils sont plus près des villages que les glaciers naturels et qu’ils fondent plus tôt.  » Mes glaciers commencent à se liquéfier vers la fin mai, plutôt qu’en août, comme les vrais. De sorte que l’eau est disponible au moment propice de la moisson  » note l’ingénieur. Un avènement heureux, d’autant que le Ladakh, avec son sol hostile et ses températures qui atteignent les moins quarante degrés Celsius, connaît une seule moisson annuelle.

 
Nom de guerre :  » le Messie « 

La route qui mène à ses glaciers, là où personne ne va, Tsewang Norphel l’a construite lui-même.  » Je voulais amener les fonctionnaires voir le projet ; sinon, personne ne prendra quatre heures pour venir à pied  » fait-il valoir d’une voix douce, le sourire en coin. La route a également servi à conduire au sommet des Himalaya les villageois sceptiques. Parce qu’initialement, son projet faisait rigoler. Aujourd’hui, l’homme croule sous la reconnaissance internationale et les prix, et ici, on l’appelle  » le Messie « .

En dépit de son succès,  » le Messie  » peine à réunir les fonds nécessaires, pourtant modestes ; l’équivalent d’environ 3800 euros, pour la construction d’une structure pouvant accueillir un glacier artificiel. La corruption et la bureaucratie sont des freins de taille.  » Ces projets ne généreront pas de votes, donc les officiels du gouvernement ne s’y intéressent pas  » regrette-t-il. Pour l’instant, son glacier actuel, qui sera le plus imposant en taille, est financé par sa propre ONG, le Leh Nutrition Project, et l’armée indienne.

Mais tant que sa santé le lui permettra, Tsewang Norphel jure dur comme fer qu’il fera tout son possible pour conserver les indispensables ressources en or bleu dont dépendent les siens. Prions les dieux de l’eau pour qu’il gagne son pari, mais aussi pour qu’il fasse des émules à travers les Himalaya, où 1.3 milliards de personnes vivent de l’eau des glaciers. Et pourquoi pas, dans la région des Alpes.

 

Source : Le portail de la Water Economy.

Sur le même sujet

Fashioned from glacier melt.
An ingenious engineering scheme takes care of water-woes of three Ladakh villages

Tsewang Norphel build glacier in Leh.
  
– Glaciers artificiels au Ladakh.

Si apprendre à méditer est un cheminement que même plus grands sages suivent tout au long de leur vie, s’y exercer au quotidien transforme déjà notre regard sur nous-mêmes et sur le monde. 

Tel est le propos de cet essai très accessible, à la fois guide spirituel et philosophique et initiation concrète à la pratique de la méditation. 

Riche de sa double culture, de son expérience de moine, de sa connaissance des textes sacrés, de sa fréquentation des maîtres, Matthieu Ricard montre le caractère universel d’une méditation fondée sur l’amour altruiste, la compassion, le développement des qualités humaines. Et révèle les bienfaits évidents que méditer peut apporter à chacun dans notre société ultra-individualiste, nous offrant de découvrir et de cultiver nos aspirations les plus profondes. 

 

Avant-propos 

« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde. » 
[Gandhi]

 

 

Pourquoi ce petit traité de méditation? Depuis quarante ans, j’ai eu la grande chance de vivre auprès de maîtres spirituels authentiques qui ont inspiré ma vie et illuminé mon chemin. Leurs précieuses instructions ont guidé mes efforts. Je ne suis pas un enseignant et reste plus que jamais un disciple. Mais il m’arrive fréquemment de rencontrer lors de mes voyages de par le monde des personnes qui me font part de leur désir d’apprendre à méditer; j’essaie, autant que je peux, de les orienter vers des maîtres qualifiés. Mais ce n’est pas toujours possible. C’est donc pour tous ceux qui souhaitent sincèrement s’exercer à la méditation que j’ai rassemblé ces instructions puisées aux sources les plus authentiques du bouddhisme. Se transformer intérieurement en entraînant son esprit est la plus passionnante des aventures. Et c’est le véritable sens de la méditation. 
Les exercices que l’on trouvera dans ce texte sont issus d’une tradition deux fois millénaire. Que l’on s’adonne à la méditation seulement trente minutes par jour ou que l’on s’y efforce plus intensément dans la quiétude d’une retraite, ces exercices peuvent être pratiqués de manière graduelle, indépendamment les uns des autres. 
Personnellement, j’ai eu l’immense fortune de rencontrer mon maître spirituel, Kanguiour Rinpotché, en 1967, près de Darjeeling en Inde, et de passer, après sa mort en 1975, quelques années en retraite dans un petit ermiage en bois sur pilotis dans la forêt qui surplombe son monastère. A partir de 1981, j’ai eu le privilège de vivre treize ans auprès d’autre grand maître tibétain, Dilgo Khyentsé linpotché, et de recevoir ses enseignements. Après qu’il eut à son tour quitté le monde, en 1991, je me suis souvent retiré dans un petit ermitage de montagne, au Népal, à quelques heures de Katmandou, dans un centre de retraite fondé par le monastère de Shéchèn où je réside habituellement. Ces périodes ont été sans conteste parmi les plus fertiles de mon existence. 
Depuis une dizaine d’années, je participe également à plusieurs programmes de recherches scientifiques qui visent à mettre en évidence les effets de la méditation pratiquée sur de longues durées. Il en est possible de développer considérablement des qualités telles que l’attention, l’équilibre émotionnel, l’altruisme et la paix intérieure. D’autres études ont également démontré les bienfaits qui découlent de vingt minutes de méditation quotidienne pratiquée pendant six à huit semaines : diminution de l’anxiété et de la vulnérabilité à la douleur, de la tendance à la dépression et à la colère, renforcement de l’attention, du système immunitaire et du bien-être en général. Quel que soit 1’angle sous lequel on envisage la méditation – celui de la transformation  personnelle, du développement de l’amour altruiste ou de la santé physique -, celle-ci apparaît donc comme un facteur essentiel si l’ on veut mener une vie quilibrée et riche de sens. 
Il serait dommage de sous-estlmer la capacité de transformation de notre esprit. Chacun d’entre nous dispose du potentiel nécessaire pour s’ affranchir des états mentaux qui entretiennent nos souffrances et celles des autres, pour trouver la paix intérieure et pour contribuer au bien des êtres. 

 

« Démystifier la méditation »