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Archive for octobre 2008

Tsewang Norphel n’a pas l’allure d’un révolutionnaire, et pourtant ! Les deux mains dans les poches, droit comme  » i « , le cheveu de jais, le septuagénaire saute d’une roche à l’autre avec l’aisance d’une gazelle. Nous sommes à 4300 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans les hautes Himalaya indiennes au Ladakh, la partie orientale de l’Etat rebelle Jammu et Cachemire. Ici, les montagnes brunes sableuses ont cédé le paysage aux sommets enneigés sur fond de ciel bleu pétant.


Comme à tous les trois jours, l’ingénieur civil retraité est venu faire son tour pour suivre l’évolution du chantier. Un chantier peu ordinaire, puisqu’il s’agi d’une structure qui contiendra un  » glacier artificiel « . Un glacier qui mesurera deux kilomètres de long, soixante mètres de largeur et deux mètres de profondeur, et qui desservira trois cents familles en précieuse eau. Chhewang Norphel n’en est pas à ses débuts : il a déjà mis en place une dizaine de structures de la sorte, transformant le quotidien de milliers de villageois.

Des champs de glaces pas si éternelles

Son aventure a commencé en 1987. Natif de Skarra, un village en banlieue de Leh, la capitale du Ladakh, l’homme souffrait de voir ses concitoyens cruellement manquer d’eau. Quatre-vingt pourcent des Ladakhis vivent de l’agriculture et seuls cinq centimètres de pluie tombent annuellement dans cette région où la végétation arriverait à la cheville si ce n’était des longs peupliers plantés par ses habitants. Et avec les changements climatiques, leur drame s’accentue d’année en année.

 » Les glaciers fournissent neuf dixièmes de l’eau dont dépend les fermiers, fait remarquer l’ingénieur. Or, ils fondent à une vitesse alarmante.  » En effet, selon le World Glacier Monitoring basé en Suisse, ceux-ci perdent 5% de leur constitution annuellement. Ajoutez à cela des averses de neige de plus en plus rares et une industrie touristique toujours plus vorace qui fait monter en flèche la consommation d’eau, avec ses douches et ses toilettes à l’occidentale, et vous comprendrez que le Ladakh fait face à une crise de l’eau.

Tirer profit du froid

En voyant couler pendant l’été, inutilisée, l’eau de ces géants blancs qui libèrent des réserves cumulées sur des milliers d’années, Chhewang Norphel s’est dit  » pourquoi ne pas tirer profit du froid ?  » C’est ainsi qu’il en est venu à détourner des cours d’eau en provenance des sommets glacés, les réorientant vers l’ombre, où, au lieu de fondre et de se perdre, ils gèlent. La beauté des glaciers artificiels du Ladakhi est non seulement qu’ils sont le fruit d’une technologie simple et économique, faite de matériaux locaux et facile à maintenir pour les villageois.

Leur intérêt réside surtout dans le fait qu’ils sont plus près des villages que les glaciers naturels et qu’ils fondent plus tôt.  » Mes glaciers commencent à se liquéfier vers la fin mai, plutôt qu’en août, comme les vrais. De sorte que l’eau est disponible au moment propice de la moisson  » note l’ingénieur. Un avènement heureux, d’autant que le Ladakh, avec son sol hostile et ses températures qui atteignent les moins quarante degrés Celsius, connaît une seule moisson annuelle.

 
Nom de guerre :  » le Messie « 

La route qui mène à ses glaciers, là où personne ne va, Tsewang Norphel l’a construite lui-même.  » Je voulais amener les fonctionnaires voir le projet ; sinon, personne ne prendra quatre heures pour venir à pied  » fait-il valoir d’une voix douce, le sourire en coin. La route a également servi à conduire au sommet des Himalaya les villageois sceptiques. Parce qu’initialement, son projet faisait rigoler. Aujourd’hui, l’homme croule sous la reconnaissance internationale et les prix, et ici, on l’appelle  » le Messie « .

En dépit de son succès,  » le Messie  » peine à réunir les fonds nécessaires, pourtant modestes ; l’équivalent d’environ 3800 euros, pour la construction d’une structure pouvant accueillir un glacier artificiel. La corruption et la bureaucratie sont des freins de taille.  » Ces projets ne généreront pas de votes, donc les officiels du gouvernement ne s’y intéressent pas  » regrette-t-il. Pour l’instant, son glacier actuel, qui sera le plus imposant en taille, est financé par sa propre ONG, le Leh Nutrition Project, et l’armée indienne.

Mais tant que sa santé le lui permettra, Tsewang Norphel jure dur comme fer qu’il fera tout son possible pour conserver les indispensables ressources en or bleu dont dépendent les siens. Prions les dieux de l’eau pour qu’il gagne son pari, mais aussi pour qu’il fasse des émules à travers les Himalaya, où 1.3 milliards de personnes vivent de l’eau des glaciers. Et pourquoi pas, dans la région des Alpes.

 

Source : Le portail de la Water Economy.

Sur le même sujet

Fashioned from glacier melt.
An ingenious engineering scheme takes care of water-woes of three Ladakh villages

Tsewang Norphel build glacier in Leh.
  
– Glaciers artificiels au Ladakh.

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Si apprendre à méditer est un cheminement que même plus grands sages suivent tout au long de leur vie, s’y exercer au quotidien transforme déjà notre regard sur nous-mêmes et sur le monde. 

Tel est le propos de cet essai très accessible, à la fois guide spirituel et philosophique et initiation concrète à la pratique de la méditation. 

Riche de sa double culture, de son expérience de moine, de sa connaissance des textes sacrés, de sa fréquentation des maîtres, Matthieu Ricard montre le caractère universel d’une méditation fondée sur l’amour altruiste, la compassion, le développement des qualités humaines. Et révèle les bienfaits évidents que méditer peut apporter à chacun dans notre société ultra-individualiste, nous offrant de découvrir et de cultiver nos aspirations les plus profondes. 

 

Avant-propos 

« Nous devons être le changement que nous voulons voir dans le monde. » 
[Gandhi]

 

 

Pourquoi ce petit traité de méditation? Depuis quarante ans, j’ai eu la grande chance de vivre auprès de maîtres spirituels authentiques qui ont inspiré ma vie et illuminé mon chemin. Leurs précieuses instructions ont guidé mes efforts. Je ne suis pas un enseignant et reste plus que jamais un disciple. Mais il m’arrive fréquemment de rencontrer lors de mes voyages de par le monde des personnes qui me font part de leur désir d’apprendre à méditer; j’essaie, autant que je peux, de les orienter vers des maîtres qualifiés. Mais ce n’est pas toujours possible. C’est donc pour tous ceux qui souhaitent sincèrement s’exercer à la méditation que j’ai rassemblé ces instructions puisées aux sources les plus authentiques du bouddhisme. Se transformer intérieurement en entraînant son esprit est la plus passionnante des aventures. Et c’est le véritable sens de la méditation. 
Les exercices que l’on trouvera dans ce texte sont issus d’une tradition deux fois millénaire. Que l’on s’adonne à la méditation seulement trente minutes par jour ou que l’on s’y efforce plus intensément dans la quiétude d’une retraite, ces exercices peuvent être pratiqués de manière graduelle, indépendamment les uns des autres. 
Personnellement, j’ai eu l’immense fortune de rencontrer mon maître spirituel, Kanguiour Rinpotché, en 1967, près de Darjeeling en Inde, et de passer, après sa mort en 1975, quelques années en retraite dans un petit ermiage en bois sur pilotis dans la forêt qui surplombe son monastère. A partir de 1981, j’ai eu le privilège de vivre treize ans auprès d’autre grand maître tibétain, Dilgo Khyentsé linpotché, et de recevoir ses enseignements. Après qu’il eut à son tour quitté le monde, en 1991, je me suis souvent retiré dans un petit ermitage de montagne, au Népal, à quelques heures de Katmandou, dans un centre de retraite fondé par le monastère de Shéchèn où je réside habituellement. Ces périodes ont été sans conteste parmi les plus fertiles de mon existence. 
Depuis une dizaine d’années, je participe également à plusieurs programmes de recherches scientifiques qui visent à mettre en évidence les effets de la méditation pratiquée sur de longues durées. Il en est possible de développer considérablement des qualités telles que l’attention, l’équilibre émotionnel, l’altruisme et la paix intérieure. D’autres études ont également démontré les bienfaits qui découlent de vingt minutes de méditation quotidienne pratiquée pendant six à huit semaines : diminution de l’anxiété et de la vulnérabilité à la douleur, de la tendance à la dépression et à la colère, renforcement de l’attention, du système immunitaire et du bien-être en général. Quel que soit 1’angle sous lequel on envisage la méditation – celui de la transformation  personnelle, du développement de l’amour altruiste ou de la santé physique -, celle-ci apparaît donc comme un facteur essentiel si l’ on veut mener une vie quilibrée et riche de sens. 
Il serait dommage de sous-estlmer la capacité de transformation de notre esprit. Chacun d’entre nous dispose du potentiel nécessaire pour s’ affranchir des états mentaux qui entretiennent nos souffrances et celles des autres, pour trouver la paix intérieure et pour contribuer au bien des êtres. 

 

« Démystifier la méditation »

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