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Archive for décembre 2008

Ma vie ici
18 Juillet 2008

Me voilà entièrement plongée dans la vie du Zanskar.  Je bouge lentement mais je suis toujours en activité.  Le matin, je me réveille à 6 heures et à peu prés à 7h30 je vais prendre mon petit déjeuner avec Eliane à la maison de Dolma Lhamo,  qui est la maison toujours habitée par Marc Damiens pendant tous les années qu’il s’est rendu à Zanskar.
Julé Julé je crie pour tout le monde en entrant dans la maison et en même temps je fais une petite courbette pour ne pas battre ma tête dans la huisserie de la porte.

En cherchant à éviter les mouches qui bourdonnent nombreuses, j’entre dans l’étroit et obscur couloir. La première porte sur la gauche, c’est la porte de la toilette (un trou dans le pavé en terre), la seconde c’est la porte d’un petit appartement Julé Julé je crie encore, cette fois pour Eliane, en entrant dans le second couloir et en faisant encore une petite courbette sous la huisserie de la porte. Toutes les portes sont très basses, pour me rendre de la cuisine à la « chambre à manger » je me souviens de baisser la tête trois ou quatre fois, mais la cinquième normalement je ne m’en souviens plus, je me cogne la tête contre le mur et j’ai déjà une discrète bosse. Je ne sais pas comment il faisait Marc si grand comme il est.
Après le petit déjeuner on va prendre l’eau à la pompe, de temps en temps je vais faire de la lessive dans le ruisseaux où je vais me laver les cheveux, A’ 9 heures nous sommes à l’école prêtes à commencer notre travail.
On rentre à la maison pour un repas frugal et dans l’après midi je me rends à Padum pour le meeting avec les femmes de l’Association. J’aime beaucoup prendre la route dans les champs. J’ai appris très vite à me débrouiller dans les nombreux chemins et à sauter pour dépasser les ruisseaux. Julé Julè je rencontre des paysans qui travaillent, des garçons qui rentrent de l’école. Tout le monde me salue et tout le monde me pose la même question: Ou vas- tu? Je vais à Padum ou Je vais à Pibiting. Je rencontre toujours des dzo et des veaux qui paîtrent tranquilles et je marche à la musique du vent et des chants des oiseaux.
Je rentre à Pipiting le soir sur la route carrossable.
Le repas du soir je le prends normalement à la maison avec Eliane, on bavarde un peu, on boit de la tisane et on va se coucher très tôt. Avec ma torche frontale je descends de la maison de Dolma, je marche dans les champs jusqu’à la maison de Tseten Dorjei et j’entre dans ma chambre essentielle que j’ai déjà appris à aimer.

Télécharger les histoires complètes ici

Source : AAZ


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L’ethnologue Marianne Chaud est parvenue à filmer l’austère vie d’un monastère himalayen, dans une vallée perdue de la région du Zanskar. Réussissant à gagner la confiance des moines, elle a pu tourner, en caméra subjective, la vie et les traditions de ces hommes coupés du monde. Elle témoigne de cette belle aventure.


Bienvenue sur une autre planète. Un paysage minéral et désolé, d’une beauté à couper le souffle. Une vallée perdue à 4 000 mètres d’altitude, la plus élevée qui soit habitée dans l’Himalaya. Bienvenue au monastère de Phukthal [1], dans la région du Zanskar. Les moines vivent là une existence moyen­âgeuse, accrochés au flanc d’une falaise quasi inaccessible.

La réalisatrice Marianne Chaud y est montée pour filmer la vie de cette communauté bouddhiste, et particulièrement des enfants. Dans les pas de Kenrap, 8 ans dont trois au monastère, véritable héros du film, elle suit les cours de philosophie, les corvées de bois et d’eau, les jeux et les prières, l’incroyable périple hivernal pour procéder aux rituels d’abondance dans les villages de la région.

C’est un moment privilégié, hors du temps. Pas seulement parce que l’endroit est très difficile d’accès. Pas seulement parce que les moines ont pour la première fois accepté la présence d’une caméra. Mais surtout parce que Marianne Chaud a établi une relation privilégiée avec eux. Ethnologue, parlant couramment le zanskari, elle a filmé en caméra subjective. Cela donne des images un peu mouvantes mais aussi de magnifiques plans larges et de véritables moments de grâce. La réalisatrice et sa caméra ne font plus qu’un. Totalement intégrés à la vie du monastère, ils deviennent l’ange gardien de Kenrap – qui le leur rend bien. Epoustouflant.

Pour son deuxième documentaire « Himalaya, le chemin du ciel » , l’ethnologue Marianne Chaud s’est fondue dans la vie d’un mo­nastère bouddhiste perdu à 4 000 mètres d’altitude. Le ­dépaysement est total mais, autant que la rudesse des conditions de vie, l’étrangeté des mœurs ou la splendeur des paysages, c’est la qualité du ­regard qui distingue ce film.

Comment avez-vous atterri dans un des endroits les plus inaccessibles de la planète ?
Je suis attachée à la montagne car j’ai grandi dans un petit village des Alpes. Et puis j’aime être coupée du monde, ça permet une immersion totale dans la vie des gens. Sans route, sans téléphone, je dépends d’eux matériellement et émotionnellement, il y a ainsi plus de partage et d’intimité. A l’Ecole des hautes études en sciences sociales, ma thèse portait déjà sur les relations de l’homme à la nature dans cette région de l’Inde, le Zanskar, dont l’isolement a permis de conserver les traditions.

Qu’est-ce qui vous a poussée à prendre une caméra ?
Elle me permet de dire des choses impossibles à exprimer dans le cadre d’un travail universitaire, où les relations personnelles restent en retrait. Rendre compte de ces relations, c’est aussi une manière de conjurer l’exotisme, cette forme de colonialisme qui imprègne beaucoup de reportages.

D’où votre choix de filmer en caméra subjective…
J’avais participé à un numéro d’Ushuaïa nature puis à une série de France 5, Devenir femme au Zanskar. J’ai eu envie de travailler seule, de prendre le contre-pied du précepte habituel : « Ne regardez pas la caméra, faites comme si on n’était pas là. » En tant qu’ethnologue, je sais que ma présence va modifier le comportement des gens. C’est pourquoi il me paraît plus honnête d’affirmer clairement : je suis là, c’est moi qui les regarde et eux me ­regardent aussi. La qualité de l’image et du son peut ­parfois en pâtir, j’assume ces aspéri­tés, ce côté brut. Les films de Stéphane Breton, lui aussi ethnologue, m’ont beaucoup inspirée.

Pourquoi avoir choisi ce monastère en particulier ?
En plus d’être très spectaculaire, c’est un des derniers monastères encore dynamiques dans la région. J’y étais déjà passée mais, quand j’y suis retournée, au début de l’hiver, après quatre jours de marche, les moines m’ont dit : « Non, pas de film, pas de photos. » Peu à peu, j’ai gagné leur confiance, ils ont compris que je ne les trahirais pas. Et j’ai passé trois mois avec eux. J’aime partir sans savoir ce que je vais trouver, filmer les petits riens du quotidien. C’est seulement à la fin de mon ­séjour que j’ai compris que Kenrap, du haut de ses 8 ans, deviendrait le personnage ­principal du film.

Dans quelles conditions viviez-vous ?
Dans ma chambre, la température descendait jusqu’à – 15 ou même – 20 °C. Pour se laver, il y avait très peu d’eau chaude, faute de bois. Pas de fruits ni de ­légumes, le menu se limitait à de la farine d’orge bouillie. Sans oublier le manque d’oxygène. Pour la caméra, je rechargeais les batteries grâce à un panneau solaire, mais je ne pouvais pas visionner les rushes. L’écriture du film s’est donc faite au montage.

Entre la carrière d’ethnologue et celle de documentariste, avez-vous choisi ?
J’aimerais concilier les deux. Maintenant que j’ai exercé mon regard dans l’Himalaya, je voudrais m’en servir dans d’autres régions du monde. Mais toujours en liberté, en évitant les films formatés.

Source : Télérama.fr

[1] Le monastère de Phukthal (Phukthal Gompa) se situe dans la vallée du Zanskar, au sud-est de la capitale Spadum. Phukthal Gompa peut être localisé au centre de cette carte.
Cette carte simplifiée permet également de le repérer facilement.

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