Feeds:
Articles
Commentaires

Archive for the ‘Himalaya’ Category

L’ethnologue Marianne Chaud est parvenue à filmer l’austère vie d’un monastère himalayen, dans une vallée perdue de la région du Zanskar. Réussissant à gagner la confiance des moines, elle a pu tourner, en caméra subjective, la vie et les traditions de ces hommes coupés du monde. Elle témoigne de cette belle aventure.


Bienvenue sur une autre planète. Un paysage minéral et désolé, d’une beauté à couper le souffle. Une vallée perdue à 4 000 mètres d’altitude, la plus élevée qui soit habitée dans l’Himalaya. Bienvenue au monastère de Phukthal [1], dans la région du Zanskar. Les moines vivent là une existence moyen­âgeuse, accrochés au flanc d’une falaise quasi inaccessible.

La réalisatrice Marianne Chaud y est montée pour filmer la vie de cette communauté bouddhiste, et particulièrement des enfants. Dans les pas de Kenrap, 8 ans dont trois au monastère, véritable héros du film, elle suit les cours de philosophie, les corvées de bois et d’eau, les jeux et les prières, l’incroyable périple hivernal pour procéder aux rituels d’abondance dans les villages de la région.

C’est un moment privilégié, hors du temps. Pas seulement parce que l’endroit est très difficile d’accès. Pas seulement parce que les moines ont pour la première fois accepté la présence d’une caméra. Mais surtout parce que Marianne Chaud a établi une relation privilégiée avec eux. Ethnologue, parlant couramment le zanskari, elle a filmé en caméra subjective. Cela donne des images un peu mouvantes mais aussi de magnifiques plans larges et de véritables moments de grâce. La réalisatrice et sa caméra ne font plus qu’un. Totalement intégrés à la vie du monastère, ils deviennent l’ange gardien de Kenrap – qui le leur rend bien. Epoustouflant.

Pour son deuxième documentaire « Himalaya, le chemin du ciel » , l’ethnologue Marianne Chaud s’est fondue dans la vie d’un mo­nastère bouddhiste perdu à 4 000 mètres d’altitude. Le ­dépaysement est total mais, autant que la rudesse des conditions de vie, l’étrangeté des mœurs ou la splendeur des paysages, c’est la qualité du ­regard qui distingue ce film.

Comment avez-vous atterri dans un des endroits les plus inaccessibles de la planète ?
Je suis attachée à la montagne car j’ai grandi dans un petit village des Alpes. Et puis j’aime être coupée du monde, ça permet une immersion totale dans la vie des gens. Sans route, sans téléphone, je dépends d’eux matériellement et émotionnellement, il y a ainsi plus de partage et d’intimité. A l’Ecole des hautes études en sciences sociales, ma thèse portait déjà sur les relations de l’homme à la nature dans cette région de l’Inde, le Zanskar, dont l’isolement a permis de conserver les traditions.

Qu’est-ce qui vous a poussée à prendre une caméra ?
Elle me permet de dire des choses impossibles à exprimer dans le cadre d’un travail universitaire, où les relations personnelles restent en retrait. Rendre compte de ces relations, c’est aussi une manière de conjurer l’exotisme, cette forme de colonialisme qui imprègne beaucoup de reportages.

D’où votre choix de filmer en caméra subjective…
J’avais participé à un numéro d’Ushuaïa nature puis à une série de France 5, Devenir femme au Zanskar. J’ai eu envie de travailler seule, de prendre le contre-pied du précepte habituel : « Ne regardez pas la caméra, faites comme si on n’était pas là. » En tant qu’ethnologue, je sais que ma présence va modifier le comportement des gens. C’est pourquoi il me paraît plus honnête d’affirmer clairement : je suis là, c’est moi qui les regarde et eux me ­regardent aussi. La qualité de l’image et du son peut ­parfois en pâtir, j’assume ces aspéri­tés, ce côté brut. Les films de Stéphane Breton, lui aussi ethnologue, m’ont beaucoup inspirée.

Pourquoi avoir choisi ce monastère en particulier ?
En plus d’être très spectaculaire, c’est un des derniers monastères encore dynamiques dans la région. J’y étais déjà passée mais, quand j’y suis retournée, au début de l’hiver, après quatre jours de marche, les moines m’ont dit : « Non, pas de film, pas de photos. » Peu à peu, j’ai gagné leur confiance, ils ont compris que je ne les trahirais pas. Et j’ai passé trois mois avec eux. J’aime partir sans savoir ce que je vais trouver, filmer les petits riens du quotidien. C’est seulement à la fin de mon ­séjour que j’ai compris que Kenrap, du haut de ses 8 ans, deviendrait le personnage ­principal du film.

Dans quelles conditions viviez-vous ?
Dans ma chambre, la température descendait jusqu’à – 15 ou même – 20 °C. Pour se laver, il y avait très peu d’eau chaude, faute de bois. Pas de fruits ni de ­légumes, le menu se limitait à de la farine d’orge bouillie. Sans oublier le manque d’oxygène. Pour la caméra, je rechargeais les batteries grâce à un panneau solaire, mais je ne pouvais pas visionner les rushes. L’écriture du film s’est donc faite au montage.

Entre la carrière d’ethnologue et celle de documentariste, avez-vous choisi ?
J’aimerais concilier les deux. Maintenant que j’ai exercé mon regard dans l’Himalaya, je voudrais m’en servir dans d’autres régions du monde. Mais toujours en liberté, en évitant les films formatés.

Source : Télérama.fr

[1] Le monastère de Phukthal (Phukthal Gompa) se situe dans la vallée du Zanskar, au sud-est de la capitale Spadum. Phukthal Gompa peut être localisé au centre de cette carte.
Cette carte simplifiée permet également de le repérer facilement.

Publicités

Read Full Post »

 

Le Toit du monde n’est plus cet îlot de pureté que l’on imagine encore souvent. Pour la première fois, une équipe de chercheurs franco-italienne a pu réaliser dans l’Himalaya des mesures à plus de 5 000 m d’altitude et constater la présence de particules de suie à des niveaux de concentration surprenants dans un espace aussi vierge.
 

Les relevés ont été effectués au Népal à partir de la station de surveillance atmosphérique Nepal Climate Observatory, la plus haute du monde (5 079 m). « Nous ne nous attendions pas à ces résultats : ils témoignent de niveaux de pollution comparables à ceux de villes européennes »,reconnaît Paulo Laj, du laboratoire de météorologie physique de l’université de Clermont-Ferrand, qui a participé à l’étude menée avec l’université de Bologne et publiée récemment dans les « Comptes rendus de l’Académie des sciences américaine » (PNAS).
 

Les données atmosphériques dans cette partie du monde sont très rares. Une autre équipe – finlandaise – travaille au Népal, mais elle est jusqu’à présent restée sous la zone des 2 000 m. L’énorme logistique nécessaire à l’installation des stations d’observation est évidemment un frein.
 

L’étude met en évidence deux phénomènes inquiétants. Portée par les vents, la pollution des grandes métropoles d’Asie du Sud-Ouest peut parcourir des milliers de kilomètres et remonter jusqu’aux sommets élevés de l’Himalaya. Dans la zone de contact entre l’air propre issu des très hautes altitudes et les masses polluées venues des vallées, les chercheurs ont, de plus, recensé la formation de nouvelles particules de dimensions nanométriques qui amplifient la pollution. C’est, là aussi, la première fois qu’un tel phénomène est observé à cette altitude.
 

« Le dioxyde de carbone est considéré comme l’ennemi numéro un dans la lutte contre le changement climatique, mais le système climatique est complexe et les études montrent de plus en plus que les particules atmosphériques sont aussi des acteurs importants du réchauffement », relèvent les chercheurs.
 

Le danger est évidemment que cette situation accélère la fonte des glaciers himalayens. Le recul important des fronts glaciers au cours des dernières décennies est d’ores et déjà considéré comme l’une des manifestations les plus inquiétantes du réchauffement global. Avec ses 33 000 km2 de surfaces gelées, l’Himalaya est souvent désigné par les climatologues comme le« troisième pôle » après l’Arctique et l’Antarctique, même s’il n’a jusqu’à présent pas fait l’objet de la même attention.
 

Le Groupe international d’experts sur le changement du climat (GIEC) estime que de nombreux glaciers himalayens pourraient avoir disparu d’ici à 2035, avec des conséquences considérables pour l’ensemble de l’Asie centrale, où vit 40 % de la population mondiale.
 

Cela pour plusieurs raisons. La liquéfaction des masses de glace crée, en aval, des lacs – près de 500 ont été dénombrés – potentiellement dangereux pour les populations vivant sur les premiers contreforts et dans les vallées. Des débordements brutaux se sont déjà produits. Mais surtout le régime hydrologique des plus grands fleuves comme l’Indus, le Gange, l’Amou-Daria ou le Yangzi dépend étroitement du fonctionnement de cette « calotte » himalayenne.
 

« Dans un premier temps, l’eau libérée viendra gonfler leur débit puis, dans un second temps, l’inverse se produira, l’eau viendra à manquer et l’apport vital des glaciers, surtout pendant la saison sèche, fera défaut », explique Christian Vincent, du laboratoire de glaciologie et de géophysique de l’environnement (CNRS) de Grenoble.
 

Près de 1,3 milliard de personnes pourraient être confrontées à des risques accrus de pénurie d’eau, selon le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE).
 

Si le Gange devenait saisonnier – ce que n’excluent pas les scientifiques -, plus de 400 millions de personnes vivant dans la plus grande zone d’agriculture irriguée de l’Inde seraient affectés. Et le PNUE ne comptabilise pas, ici, la population qui, au total, à l’échelle du pays, serait touchée par la baisse des rendements agricoles.
 

Quand cela se produira-t-il ? « Il est difficile de le dire. L’Himalaya est l’un des massifs montagneux les moins bien observés au monde », indique Christian Vincent. La plupart des informations disponibles sont fournies par des photos aériennes qui permettent seulement de mesurer le recul des fronts glaciers, un indicateur très insuffisant pour comprendre le fonctionnement de ces monstres froids. Le massif alpin, avec ses 2 500 km de glaciers, compte deux fois plus de postes d’observation que l’Himalaya tout entier.
 

Les bouleversements en cours sont lourds de menaces pour la stabilité de cette partie du monde. Les écologistes en sont convaincus. Wouter J. Veening, de l’Institut néerlandais pour la sécurité environnementale, juge urgent d’établir un réseau d’alerte.
 

« La vie de plus de 1 milliard de personnes est concernée ; nous devons identifier les zones les plus fragiles et évaluer les risques de conflits », affirme-t-il. Le degré de pollution découvert au sommet de l’Himalaya lui donne un argument supplémentaire.
 

Source : Le Monde.


– Himalaya – Changing Landscapes photo exhibition visually demonstrates how climate change and glacial melting are affecting the highest mountain range in the world – the Himalayas. The « before and after » panorama photos show us how these mighty but vulnerable landscapes have changed in just a few decades.

The exhibition aims to raise awareness of the impact of climate change, and the new challenges the mountain people are facing. The photographs of mountains and glaciers are accompanied by photographs of the Himalayan people and their stories, as well as photographs of the 1950s scientific research teams conducting glacier studies.

Read more

– Imja Glacier
A melting glacier in the Himalaya is the only thing protecting a community from a mountain deluge.
National Geographic Video.

Read Full Post »

Himalaya, la terre des femmes.

Trois mois dans la vie des paysannes de Sking, un village isolé sur le toit du monde. Des images magnifiques tournées par une jeune ethnologue pour une immersion pudique dans l’intimité de quatre générations de femmes.

 

Situé dans le nord de l’Inde, à près de 4 000 mètres d’altitude, dans un décor aride et somptueux de barres rocheuses et de montagnes dénudées, le village de Sking est l’un des plus isolés de la région himalayenne du Zanskar. Il abrite une centaine d’habitants, dans une poignée de maisons entourées de champs d’orge. Tout le monde, ici, dépend entièrement du travail de la terre et des aléas du climat. Avant l’arrivée des grands froids, l’on récolte et l’on stocke ce qui va constituer la subsistance familiale pour toute une année. L’été est court, l’hiver interminable. Ce sont essentiellement les femmes qui prennent en charge les récoltes. Qu’elles soient jeunes ou vieilles, elles travaillent sans relâche, de l’aube au soir, dans l’urgence des jours qui raccourcissent. La réalisatrice a passé trois mois en compagnie de ces femmes, quatre générations filmées le temps d’une moisson.

 

Note de la production : « Filmé en caméra subjective par une jeune ethnologue, Terre des femmes propose une immersion sensible et poétique dans l’univers de quatre générations de femmes pendant la saison des moissons. Nous partageons de façon intime leur quotidien, attendant avec l’une le retour d’un mari, goûtant l’ennui et la solitude d’une autre, s’attendrissant aux jeux des plus jeunes, assistant aux derniers jours de l’aïeule. Nous nous attachons à elles, et tout ce qu’elles sont nous ramène à ce que nous sommes. »

Documentaire français (2007) de Marianne Chaud.

ARTE F  mardi, 16 septembre 2008 à 23:00
Rediffusions : 27.09.2008 à 09:45

Read Full Post »

Selon les experts réunis à Stockholm pour la Semaine internationale de l’eau, l’Himalaya subit la fonte des glaciers la plus rapide du monde ainsi que des changements spectaculaires en matière de précipitations.

Les changements climatiques menacent sérieusement les ressources en eau de la région de l’Himalaya où la subsistance de 1,3 milliard de personnes est en jeu, estiment des experts réunis à Stockholm à l’occasion de la Semaine internationale de l’eau.

Les changements climatiques menacent sérieusement les ressources en eau de la région de l’Himalaya où la subsistance de 1,3 milliard de personnes est en jeu, estiment des experts réunis à Stockholm à l’occasion de la Semaine internationale de l’eau.

La région montagneuse de l’Himalaya, qui abrite la plus grande surface de glaciers du monde et la plus large zone de permafrost hors régions polaires, a ces dernières années expérimenté une fonte rapide des glaces et des changements spectaculaires en matière de précipitations, déplorent-ils.

« Les glaciers de l’Himalaya reculent plus rapidement que partout ailleurs dans le monde », affirme Mats Eriksson, responsable du programme pour la gestion de l’eau au Centre international du développement intégré des montagnes.

Bien que les hautes altitudes, l’éloignement et la coopération difficile entre les pays de cette région compliquent les études pour comprendre le phénomène, M. Eriksson estime qu’il est évident que « la région est particulièrement affectée par les changements climatiques ».

« Le recul des glaciers est énorme, jusqu’à 70 mètres par an », précise-t-il.

Xu Jianchu, qui dirige le Centre pour les études de l’écosystème montagnard en Chine, assure lui aussi que le changement climatique ravage l’Himalaya, soulignant par exemple que les températures sur le plateau tibétain ont augmenté de 0,3 degré par décennie, « le double, note-t-il, de la moyenne mondiale ».

Il est difficile de quantifier les répercussions sur les disponibilités en eau, mais l’impact est réel dans la région où glaciers et neige contribuent à 50% de l’eau qui coule des montagnes et alimente neuf des plus grandes rivières d’Asie.

L’Himalaya, connu pour « être le toit du monde », s’étend à travers la Chine, l’Inde, le Népal, le Pakistan, la Birmanie, le Bhoutan et l’Afghanistan. La chaîne montagneuse constitue une source importante d’eau pour l’une des régions les plus peuplées de la planète, soit 1,3 milliard de personnes recensées dans le bassin de l’Himalaya.

« La neige et la glace fondent, fournissant une source très importante d’eau fraîche pour l’irrigation, l’énergie et l’eau à consommer en aval », explique M. Xu.

Les glaciers ont d’énormes capacités de conservation de l’eau. Si les niveaux d’eau augmentent à mesure que la glace fond, à long terme, la disparition des glaciers va réduire l’eau disponible en aval.

« La subsistance (des populations) sera durement affectée » par ce phénomène, souligne M. Eriksson.

Parallèlement à la fonte des glaces, les scientifiques notent que les précipitations dans nombre de régions de l’Himalaya apportent plus de pluie en période de mousson et moins en période sèche.

« Les régions plus sèches deviennent encore plus sèches alors que les régions les plus humides deviennent encore plus humides », résume Rakhshan Roohi, chercheuse à l’Institut de recherches en ressources en eau du Pakistan.

Selon M. Eriksson, les effets des changements climatiques ont été particulièrement ressentis dans la partie ouest plus sèche de l’Himalaya.

Outre les conditions climatiques incertaines pour les récoltes, qui ont provoqué la migration de personnes à la recherche de moyens de subsistance alternatif, les agriculteurs sont confrontés à un nombre croissant de désastres naturels tels que des crues soudaines et le débordement des lacs.

« J’imagine qu’auparavant, la région souffrait d’une crue soudaine par saison et les gens arrivaient peut-être à s’y adapter. Mais si on a trois, quatre ou cinq crues soudaines, c’est probablement trop. La question est de savoir combien (de crues) la population est capable de tolérer sans perdre ses bases de subsistance », conclut M. Eriksson.

Source : Nouvel Observateur.

Read Full Post »

Près du village de Korzok (Ladakh)Une étude menée auprès des populations de montagne d’Ethiopie, du Pérou et du Tibet.
Nombreux sont les joueurs de l’Euro 2008 et les participants aux prochains Jeux olympiques qui se sont entraînés en altitude. De cette manière, les sportifs bénéficient d’un surcroît en oxygène lors de leur compétition. La pratique n’est ni nouvelle ni interdite, mais elle n’est pas sans danger sur le long terme. Hormis pour les personnes « adaptées génétiquement » aux conditions des sommets, indique une étude publiée dans « PLoS ONE »: « Adaptation and Mal-Adaptation to Ambient Hypoxia; Andean, Ethiopian and Himalayan Patterns. »

Ceux qui ont eu l’opportunité d’aller à des altitudes égales ou supérieures à 3000 mètres ont rapidement pu constater une difficulté à l’effort. Marcher paraît plus fatigant, l’essoufflement fait rapidement son apparition. À cette hauteur, la pression atmosphérique provoque une diminution partielle en oxygène qui réduit la tolérance à l’exercice physique. Face à ces nouveaux paramètres, l’organisme humain ne reste pas de marbre et s’adapte pour y répondre le mieux possible.

Cette adaptation se traduit par une augmentation de la production de globules rouges, les cellules assurant le transport de l’oxygène dans l’ensemble des tissus de l’organisme. C’est cette multiplication des globules qui est néfaste : le sang plus riche en hématies s’épaissit. Moins fluide, il circule moins bien, ce qui peut provoquer des maux de tête, des insomnies, de la fatigue et des troubles de la mémoire. Des complications plus graves, tels des œdèmes, sont également recensées. Il s’agit du mal aigu des montagnes. Cependant, certaines populations y sont moins sensibles.

L’équipe d’Otto Appenzeller, neuroscientifique à la Fondation de recherche du Nouveau-Mexique, s’est penchée sur cette susceptibilité chez des Éthiopiens, Péruviens et Tibétains vivant respectivement à 3600, 4300 et 4500 mètres. Pour ce faire, les scientifiques ont étudié une poignée de gènes connus pour leur implication dans l’adaptation à un environnement faible en oxygène. Pour chaque groupe, l’expression de ces gènes dans les globules blancs a été observée chez des personnes souffrant du mal aigu des montagnes (MAM) et chez des personnes ne ressentant pas les symptômes.

Les Éthiopiens mieux adaptés

Otto Appenzeller a constaté que les Éthiopiens possédaient un plus grand nombre de ces gènes que les deux autres peuples participant à l’étude. Parmi ceux-ci, il a identifié le gène PDP2 fortement lié au MAM. Les individus chez lesquels PDP2 s’exprime peu sont très sensibles au MAM. Il semblerait donc que ce gène aide les individus à s’acclimater à des concentrations plus faibles en oxygène. « PDP2 optimiserait l’action de l’oxygène dans la dégradation du glucose, principale molécule fournisseuse d’énergie utilisée par l’organisme », postulent les auteurs. De cette manière, ce gène limiterait les besoins en oxygène et donc la production de globules rouges.

Une question subsiste : pourquoi ce gène s’exprime principalement chez les Éthiopiens et donc chez les habitants vivant le plus bas ? Tout est une question d’adaptation évolutive. Les Éthiopiens se sont installés dans les montagnes avant les Tibétains et les Péruviens, l’évolution a donc eu plus de temps pour faire son travail.

 

Source : Le Soir

 

 

Read Full Post »

Siège du gouvernement du dalaï-lama en exil, la petite ville de Dharamsala, dans le nord de l’Inde, accueille depuis le 24 mai 2008 les premières olympiades cent pour cent tibétaines dans une atmosphère bon enfant. 

Une heure de yoga pour s’échauffer, avant le petit-déjeuner. Les athlètes de Bouddha font d’abord transpirer leur esprit, avant (éventuellement) de faire travailler leurs muscles. Chacun a ses psychologues et son entraînement de l’âme. Ce sont les jeux de ceux qui ne peuvent jouer. Les jeux des exilés, expulsés de chez eux, sans nationalité ni passeport, de ceux qui ne peuvent se rendre à Pékin car leur drapeau n’y est pas admis. Ici, nul besoin de gymnase : c’est dans le temple que l’on médite et que l’on prie. C’est ici, à Dharamsala, petite ville de l’Inde du nord, où le dalaï-lama s’est exilé en 1959 et où vivent 80 000 réfugiés du Tibet, qu’ont commencé hier les premiers – et peut-être derniers – jeux olympiques tibétains.

Il s’agit de montrer au monde que même les Tibétains peuvent – et doivent – faire du sport. Le sport est pourtant interdit aux moines bouddhistes : les hautes autorités religieuses considèrent le football et le basket comme de dangereuses distractions. Le village olympique consiste en tout et pour tout en une modeste pension de famille : lits de camp, WC collectifs, gros cadenas, et, au déjeuner, mangues, pastèques et papayes en guise de compléments alimentaires. Pourtant, presque tous les participants possèdent un téléphone portable. Leur slogan : « Un monde, plusieurs rêves », fait écho – non sans polémique – à celui des Jeux de Pékin : « One World, One Dream ». Hier, on a commencé par le tir à l’arc, puis on poursuit avec la course de fond : comme il n’y a pas de stade, on court du temple Tsuglag-khang au village de Naddi ; ensuite, les épreuves de natation se dérouleront dans la petite piscine d’une auberge, avant les six épreuves d’athlétisme. Les hommes et les femmes sont séparés, mais chaque concurrent est tenu de participer à toutes les compétitions. Les participants doivent avoir entre 15 et 30 ans. L’équipement ressemble à celui d’une fête de village : quatre fusils à air comprimé et dix javelots en bambou, loués à une école. Les survêtements – rouges pour les hommes, blancs pour les femmes – fournis par une société indienne sont en synthétique : on transpire rien que de les voir. A Dharamsala, la chaleur est étouffante et humide : le matin, la ville est sous la brume, et il pleut l’après-midi. Le médecin ? Une vétérinaire australienne, Catherine Shuetze, également responsable des finances.

Le Pierre de Coubertin tibétain s’appelle Lobsang Wangyal, et il n’est pas baron : il a 38 ans, mais en déclare 42 quand il est en présence d’une femme (« L’homme mûr a plus de chances », dit-il). Il est né à Orissa, dans l’est de l’Inde, où ses parents ont émigré en 1959. Il se présente comme un impresario, il a d’ailleurs une maison de production. C’est lui qui a organisé Miss Tibet, un concours de beauté qui a réuni six participantes.
Lobsang n’est pas moine, il s’habille comme un acteur : chemise orange, jean, faux sabots crocs rose et lunettes de soleil rose, queue-de-cheval et boucle d’oreille. « Cette idée m’est venue en 2001, quand les Jeux olympiques ont été attribués à Pékin. J’étais très heureux pour le peuple chinois qui mérite cet événement. Je ne suis pas pour le boycott, je suis pour les athlètes. Ce sont leurs Jeux ; mais ce ne sont pas les Jeux du gouvernement chinois, qui détruit l’environnement et les hommes avec sa politique désastreuse. Alors je me suis dit : nous qui ne pouvons pas participer aux JO, au lieu de nous apitoyer sur notre sort, essayons d’organiser nos propres jeux. Je me suis renseigné : la tradition tibétaine prévoit des épreuves de soulèvement de rochers et des courses à cheval. Mais soulever des pierres est épuisant, et qui sait encore monter à cheval de nos jours ? J’ai donc choisi d’autres épreuves : en athlétisme, le 80 mètres sans obstacles, parce que notre région est montagneuse et n’offre pas de ligne droite longue de 100 mètres. Pour la natation, j’ai trouvé une piscine de moins de 20 mètres : aucun style n’est imposé, il suffit de faire des longueurs. »

Le dalaï-lama n’a pas eu vent de cette initiative, alors qu’il vit ici : « Je ne vais pas aller le déranger pour ça ! C’est une haute personnalité, il voyage dans le monde entier, il a d’autres interlocuteurs. Et je ne cherche pas spécialement à avoir son approbation. D’ailleurs, les moines déconseillent les jeux de ballon : ils disent qu’on shoote sur la tête de Bouddha. En réalité, on joue en cachette. Je me suis simplement inquiété de savoir si le Comité international olympique pouvait me faire un procès parce que j’ai employé l’expression « jeux olympiques » (au début, je voulais appeler ces jeux Tibetan Olimpia). Notre flamme s’est déplacée dans douze villes : elle n’a pas apporté la misère, mais la joie. Beaucoup de gens m’ont soutenu, mais peu de partenaires ont accepté de m’aider : tout le monde a peur de se mettre la Chine à dos. Seul le ténor Luciano Pavarotti [décédé en septembre 2007] finançait généreusement nos écoles. Je remercie Ruthie, de Seattle, qui a fait le don le plus important : 2 000 dollars. Aujourd’hui, je n’ai que 400 dollars en poche. J’espère gagner de l’argent avec la vente de gadgets, de tee-shirts et de billets. Les médailles ont un prix : 2 500 dollars pour l’or, 1 250 pour l’argent et 625 pour le bronze. Je ne sais pas si j’arriverai à trouver tout cet argent. Mais le plus important, c’est de nous moderniser. Mon père est mort d’une cirrhose du foie, il buvait trop. Notre style de vie doit changer : moins de viande séchée et d’aliments fermentés, plus de légumes et de céréales. La santé, c’est très important. »

On attendait 29 concurrents ; pour l’instant, on ne compte que 13 hommes et 7 femmes. Yangchen Palno Artsa, femme mariée de 27 ans, vient de Delhi, où elle tient une boutique d’art tibétain. Elle dit qu’elle a fait du sport à l’école, puis qu’elle a arrêté, parce qu’elle devait gagner sa vie. Elle espère obtenir un bon score dans la course à obstacles. Tashi Yengzom, 24 ans, est née à Tingree, en Inde ; elle vient juste participer, elle ne pense pas être performante. Dolkar Tso, vingt ans, vient d’Amdo Golog ; elle porte autour du cou un rang de perles avec l’image du dalaï-Lama. Les jeunes femmes portent des bagues, des boucles d’oreilles, du vernis à ongles,mais elles restent timides. Les hommes ont du gel dans les cheveux et portent des tee-shirts (de contrefaçon) à la mode. Ten Chanpel, 26 ans, vit à Delhi. Il se vante de pouvoir courir le 100 mètres en 11 secondes : qu’importe si c’est un mensonge. Dawa Tashi, 24 ans, est le plus athlétique, peut-être parce qu’il est guide de montagne : il fait du trekking dans le Ladakh [région du Cachemire] et grimpe jusqu’à 6 000 mètres. Il dit qu’il peut marcher 50 km par jour et qu’il est habitué à nager dans les fleuves. Il y a également un moine, le seul de l’équipe : Tenzin Leksmey, 25 ans, peu coutumier du survêtement. Il vient du monastère de Sera, dans le nord de l’Inde, il aime courir, sauter et jouer au foot. Enfin, il y a Gyatso, 28 ans, fils de bergers nomades, né dans le Kham [dans l’est du Tibet] ; il vit de petits commerces à Delhi, et il est passionné de foot, lui aussi rêve de David Beckham. Son seul record à l’heure actuelle est d’avoir fui le Tibet (en passant par le Népal), en marchant, de nuit, pendant vingt-quatre jours.

Source : Courrier International.

Read Full Post »

Le toit du monde sous pression.

Les JO, outil de propagande de la Chine.

Le relais de la flamme olympique qui doit passer par l’Everest, le plus haut sommet du monde, est une « farce », s’exclame l’alpiniste Reinhold Messner. Selon lui, la flamme ne peut pas brûler à de telles altitudes sans apport d’oxygène et les images TV de l’événement « ont déjà été tournées ».

«L’Everest est utilisé pour la campagne de propagande, dit-il – même si on n’aime pas s’entendre dire cela – en 1936 c’était la même chose avec les Nazis, les JO avaient été exploités pour une campagne de propagande aussi». Le 8 mai sera le 30e anniversaire de la première conquête du sommet le plus haut du monde sans bouteille à oxygène. Messner et son ami Peter Habeler ont été les premiers à y arriver. L’alpiniste et ancien membre du Parlement européen, Messner, est en colère au sujet des évènements qui ont lieu au Tibet.

Il a fait flotter un drapeau tibétain de 60 mètres carrés dans son musée de Sigmundskron dans le Sud Tyrol en Italie. «Il a été emporté par le vent mais nous allons en avoir un nouveau, plus grand encore et plus stable», a dit Reinhold Messner. «La Chine a raté sa chance, elle aurait pu être aimée de tous pour avoir donné au Tibet plus de liberté», a-t-il poursuivi. «Le monde aurait pu être aux pieds de la Chine». Reinhold Messner ne peut pas comprendre pourquoi la Chine n’a pas saisi cette opportunité.

L’HÉRITAGE TIBÉTAIN APPARTIENT AU MONDE ENTIER

La question du Tibet devrait concerner la communauté internationale tout entière, car «l’héritage tibétain appartient au monde entier. Sa culture est très riche, et tout le monde devrait la défendre. Cela doit se faire par des moyens appropriés. Aujourd’hui, les mots sont des armes. Nous devons demander plus de démocratie», dit Messner. Le relais de la torche olympique doit continuer à être employé pour dénoncer la tragédie des Tibétains.

Dans la Chine d’aujourd’hui, un système communiste s’allie à un capitalisme absolu et à des éléments fascistes. «Lorsque ces choses coïncident, le diable n’est pas loin», dit Messner. Lorsque les Jeux ont été attribués, c’était avec l’idée que les droits de l’Homme s’amélioreraient en Chine. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Et les politiques sont dans une situation difficile maintenant. Ils vont être, d’après l’alpiniste, « frappés de toutes parts ». D’après lui, les Jeux olympiques doivent être une plateforme qui attirera l’attention sur les violations des droits de l’Homme.

Reinhold Messner se souvient à l’occasion du 30e anniversaire de sa première ascension de l’Everest sans bouteille d’oxygène. «Dans les année 90 la montagne a été enchaînée et encordée», a-t-il dit. Il critique la commercialisation de l’ascension de l’Everest et le manque de conscience écologique des alpinistes. A Sigmundskron, il expose une sculpture faite de 100 kg d’ordures ramassées sur l’Everest. «La montagne a un charme des plus puissants lorsqu’on ne tente pas de la domestiquer.»

Source : La Grande Epoque. Florian Godovits.

Read Full Post »

Older Posts »